SOUVENIR : IL Y A TOUT JUSTE 10 ANS, L’EXPOSITION PAUL JENKINS ORGANISÉE PAR LA FONDATION DEMEURES DU NORD …

Il y a tout juste 10 ans, nous organisions au travers de notre Fondation Demeures du Nord, une des plus importantes expositions de peintures jamais réalisées à Lille, dont le succès s’avéra exceptionnel !
Nous présentions, il est vrai, au sein du prestigieux Palais des Beaux-Arts, Paul Jenkins qui fut l’un des plus grands représentants américains de l’abstraction lyrique, au même titre que ceux qu’il fréquenta et qui devinrent après leur mort de véritables mythes comme Pollock, Tobey, Rothko, De Kooning ou Kline.

PJenkinsPhoto Michael Raab

Pour sa troisième exposition, La Fondation Demeures du Nord aura ainsi démontré à nouveau qu’elle a su éveiller les passions en accueillant un total de … 42 121 visiteurs !

En ce qui concerne les scolaires, ils auront été plus de 2000 à faire connaissance avec l’œuvre de Paul Jenkins grâce aux visites organisées par La Fondation, pour les écoles et collèges. Je pense d’ailleurs à ces nombreux enfants âgés alors d’une douzaine d’années et qui aujourd’hui, sont des adultes de 20/25 ans qui en conservent peut-être le souvenir de la magie de ce « spectacle » !

5502ecbdda3c05502e9d5dad4e_demeures-du-nord-fondationPlus de quarante œuvres de qualité muséale y furent présentées. Régis Dorval en fut le commissaire d’exposition et Philippe Bouchet, historien de l’Art, fut chargé des textes du catalogue édité à cette occasion. David Stiens assura  la direction artistique et la conception graphique du catalogue et des supports de communication …

Depuis, Paul Jenkins nous a quittés il y a 3 ans. Il avait 89 ans. Je garde toujours le souvenir de son charisme, de sa générosité et la subtilité de ses propos. J’avais eu le privilège de le rencontrer d’abord à New York, puis à Saint Paul de Vence avant qu’il nous rejoigne pour l’inauguration de l’exposition. Souvenirs indélébiles…

beaux arts

A l’époque j’avais préfacé le catalogue. En voici le texte complet :

« L’œuvre de Paul Jenkins est unique.
Le temps continuera à confirmer cette vérité qui transparaît autant dans son itinéraire que dans le jaillissement de sa peinture ! Déjà présenté dans les grands musées du monde, Paul Jenkins est un très grand artiste de notre temps et j’affirme qu’il mérite cette place de choix auprès des plus grands maîtres de l’art moderne qu’il fréquenta et qui devinrent de véritables mythes après leur mort : Pollock, Rothko, Motherwell, Kline, Tobey, De Kooning,…
Avec eux il a participé à la formidable émergence de la peinture américaine marquée par l’Ecole de New York, qui apporta une nouvelle dynamique à la peinture moderne et su peut-être en briser les derniers tabous.
Plus encore, partagé à partir de 1953 entre son atelier de New York et celui de Paris, il démontra par son engagement auprès de Dubuffet, Pierre Restany et Michel Tapié, que l’art se doit d’être regardé de manière universelle.
A 82 ans, ce grand artiste de l’expressionnisme abstrait triomphe encore par la fougue qu’il retranscrit sur ses toiles, ne sacrifiant rien de son honnêteté. La foi qu’il possède en son art lui a toujours fait ignorer toute notion de carrière – mot qu’il déteste – pour ne se consacrer qu’à ses expériences et à ses recherches sur la couleur, la matière et le geste.
Jenkins est un lyrique. Et en cela, il est un poète. Assez pour nous inventer un autre monde, son propre monde, celui que la nature n’avait pas inventé. Et pour atteindre ce dessein, il se sert du plus bel « outil » que lui ai donné cette même nature : la lumière et les couleurs qui en sont issues. Car en mettant en pratique toute la maîtrise du geste dont il a le don, Paul Jenkins a longtemps étudié, le travail de Goethe sur les variations de la couleur à travers le prisme. Il y a sans doute découvert, dans ses accords, ses brisures, ses intensités et sa luminosité, le moyen d’assouvir ce désir de pureté et de clarté qu’il possède en lui.
Paul Jenkins, grand voyageur, se trouve au carrefour des cultures occidentales et orientales. Cette dernière lui a apporté la notion de coexistence des forces Zen : forme et matière, hasard et détermination, couleurs opaques et transparentes, feu et glace, rouge et bleu nuit, violence et volupté. L’occident et particulièrement le sud de la France où il a souvent séjourné ont peut être réchauffé ses œuvres de cette lumière « méditerranéenne », contribuant à cette fluidité et cette émotion qui invite à la contemplation. Jenkins aime les contradictions, mais en maîtrise les énergies. Instigateur de cet état émotionnel, il nous transmet, sans rien se refuser de la couleur, une peinture euphorique, tant qu’elle ne peut provenir que d’une abstraction mystique.
Je ne souhaite pas expliquer le non explicable de la peinture de Paul Jenkins. Seulement m’intéresser à ce qui a été engendré sur la toile et laisser mes émotions et mon imagination y voyager… Le discours de Jenkins est trop secret et tellement complexe ! Il n’appartient qu’à lui. Vouloir dépasser la nature relève d’une spiritualité trop intense pour que le spectateur en perçoive toute la substance, et la seule chose que je puisse oser affirmer ici, c’est que cette aventure intérieure de Jenkins est parfaitement réalisée au travers de la structure de ses toiles et de la couleur. Le geste ample et sûr qui s’y devine est aussi la preuve d’une sérénité qui démontre combien il maîtrise ce monde. Son monde.
Car même si l’on s’est familiarisé à l’univers d’un tel artiste, on ne peut pas pour autant en juger ou tout expliquer ; tout juste peut-on d’ailleurs en parler.
Parlons donc simplement de l’œuvre de Paul Jenkins ! Une forme poétique en émerge dans un flot de couleurs souvent empâtées. Plus que tout autre, il ose la couleur. Est-ce de la lave ici ? Sont-ce des voiles là ? Et ces formes blanches qui se découpent dans le tableau, sont-elles des morceaux de glace ? Peu importe, l’œil regarde ce qu’il y voit mais le cœur en reçoit toute l’émotion.
Violence, remous, tumultes, jaillissements, caractérisent la première impression. Elle nous conduit presque au paroxysme.
L’expérience de l’artiste, ses connaissances et sa philosophie le guident dans sa composition pour la rendre évidente par la conscience plastique et l’émotion esthétique. Car l’œuvre est bien le fruit de cette maîtrise de l’acte de peindre à travers le geste savamment retenu.
Sa magnificence n’est que l’impression première. Il nous faudra, au-delà de cette perception, de longs moments de concentration pour comprendre le pourquoi de cette énergie et percevoir une infime parcelle de sa spiritualité.

En tout cela, l’œuvre de Paul Jenkins est une œuvre unique. »

Christian Paindavoine
Président de La Fondation

 

Pour ceux qui souhaitent voir ou revoir l’ensemble de cette exposition, voici le magnifique film qui lui fut dédié par Bajou.

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